L'interview trop sale pour tes enfants…

« Oohhh merrrrrde ! », voilà ce que je me suis dis en visionnant « Vermine », dernier clip en date signé VII et Little Demo. Bon, c’est pas comme si j’avais été vraiment surpris par le bordel, rappelez-vous de ma chronique pour son album « Les Jardins Macabres ». Il n’empêche, j’ai quand même l’impression qu’à chaque sortie de disque ou chaque clip le MC enfonce le couteau encore plus profond dans la plaie. « 9 août 1969 » (une ode à la famille Manson ! ndr) balancé sur le net cet été était déjà bien sanglant mais alors avec sa dernière salve VII emmène encore plus le Rap Français dans des contrées qui lui étaient carrément inconnues. Comme quoi, le Rap est loin d’être mort, même s’il peut parfois en porter le parfum…

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Je viens de visionner ton dernier clip… Qui a eu l’idée de cet horrible montage ?

C’est 2FCH, un beatmaker de Rap And Revenge qui a pris cette initiative. On a passé un nombre incalculable de soirées à se mater des films gores donc il s’est dit que ce serait une bonne idée de cliper « Vermine » de cette manière.

On a l’impression que tu ne cherches qu’a choquer les gens…

NON, sinon j’aurais décapité des bébés, violé des vieilles ou bien pisser sur des chatons… C’est juste un hommage au cinéma gore, un genre qui m’accompagne dans la vie et que j’aime. Ce clip me choque moins que n’importe quel sketch de Bigard.

Et depuis quand es-tu un gros consommateur de ce genre de films ?

Petit je trainé souvent dans les vidéos clubs et je fantasmais sur ces films, les jaquettes, tout l’univers du gore… J’étais fasciné par les monstres en général. Plus grand je me suis mis à collectionner ces films et depuis je cherche les perles rares.

Mais que trouves-tu d’intéressant dans des films comme la série des Guinea Pig par exemple ?

Guniea Pig n’est pas vraiment un chef d’œuvre du genre, juste un faux snuff movie. Ce que je trouve fascinant dans ce style c’est l’esthétique de la violence, le totale décalage avec la réalité. Dans les « Z » tout est caricaturale, c’est un genre qui n’a jamais eu peur du ridicule.

Quelles sont tes références en la matière ?

Maniac, tous les premiers Romero, les Fulci, Les Bava, les Henenlotter etc…

Tu penses qu’il n’y a pas de limite, que l’on peut découper et violer une personne (dans un film, ndr) sous prétexte que c’est de l’art ?

Oui, ça peut être de l’art… Mais il y a une manière de rendre ça attractif. Beaucoup de films de ce genre ne m’intéressent pas, il ne suffit pas de choquer, il faut y mettre de la beauté, sinon ça n’a aucun intérêt et aucun style.

Mais tu peux comprendre que des néophytes dans mon genre ne trouve aucune beauté dans l’anthropophagie par exemple ? Aussi bien filmée soit-elle…

(il réfléchit) Non je ne le comprends pas. Il n’y a rien de plus beau au monde qu’une poitrine fendue en deux et de laquelle on extirpe des entrailles.

(rires) Si tu le dis… Tu t’inspires énormément du cinéma mais quelles sont tes influences musicales ?

J’ai eu différente période… Petit j’écoutais les trucs qui me tombaient sous la main : Deep Purple, Alice Cooper, The Doors… C’est plus tard que je me suis mis à écouter du Rap, essentiellement Français, en parallèle j’ai toujours plus ou moins gardé une oreille sur le Métal comme Megadeth, Metallica, Slayer etc… Aujourd’hui j’écoute surtout des vieux trucs de Rap crasseux, mes vieux disques de Trash et du HxC.

Qu’est-ce que tu entends par « Rap crasseux » ?

Geto Boys, Kool G Rap etc… pas mal de Gangsta Rap quoi.

Rien de plus « actuel » ?

Si bien sur, Jedi Mind Tricks, les mecs de Non Phixion, R.A. The Rugged Man, Outerspace, Casey…

On te compare souvent à Necro…

(rires) J’ai fait un concert il y a quelques jours durant lequel j’ai du entendre ce nom au moins une trentaine de fois. Très franchement cette comparaison me dérange, mais en même temps elle est naturelle…

Comme lui tu es blanc, amateur de SM et de gore donc oui… Mais pourquoi elle te gêne ?

Je n’ai jamais entendu Necro faire parler sa sensibilité, moi je l’ai fait des dizaines de fois dans mes albums…

Justement quand on écoute ta musique on en ressort avec la sensation que tu es quelqu’un de très torturé, le genre de mec qui ne sait pas sourire.

C’est le cas, en tout cas c’est ce que me disent mes proches, que je dégage un certain… mal-être.

Tu te sers donc de toute cette violence pour extérioriser cette peine ?

C’est plutôt l’inverse, c’est parce que je suis comme ça que je fais une telle musique.

Tu veux dire que ta musique te fais souffrir ?

Elle a ses bons et ses mauvais côtés. Elle me coupe du monde, me fait me sentir… étrange. Mais je ne sais vraiment faire que ça alors je m’y accroche comme à une bouée de sauvetage.

Beaucoup de gens trouvent ta musique plus « fun » que dérangeante, comme si cette violence était juste gratuite. Tu as conscience de ça ? Que certains auditeurs ne voient en VII qu’un personnage ?

Ouais et pour être franc ça me rassure. Le truc le plus effrayant qu’on m’ait dit c’était un truc du genre « je suis déçu… en fait t’es un mec normal » (rires). Personnellement je suis le premier à délirer sur mes morceaux, à les trouver complètement barges et décalés. Mais entre nous, quel genre de con pourrait croire que tout ce que j’y raconte est vrai ?

Personne. Mais on peut se demander si tout ceci tient de l’imaginaire ou du fantasme…

J’admets qu’il y a une large part de fantasme dans tout ça, des titres comme « Bondage » ou bien « Cannibalis » par exemple. J’ai déjà tenté de manger un de mes colocataires (rires), mais le mec a refusé de me céder la moindre partie de son corps… et pourtant je logeais ce bâtard à l’œil !

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J’ai lu quelque part que tu étais catholique, ce qui parait un peu paradoxale quand on écoute tes morceaux ou visionne tes clips. Tu crois réellement en Dieu ?

Oui, et je me sens catholique dans le sens ou j’ai choisi, je dis bien choisi, le Christ comme modèle de bien. J’accorde également beaucoup de valeur à la vierge Marie et ce qu’elle représente.

Pourtant tu as l’air plus fasciné par l’Antéchrist et le Diable…

(il réfléchit) Le mal est fascinant, il fascine tout le monde. Est-ce que concrètement je suis guidé par le mal dans ma vie de tous les jours ? Je ne pense pas, bien au contraire.

Mais alors pourquoi faire un titre en forme d’ode à la famille Manson ?

Parce qu’ils sont entrés dans les quartiers riches pour leur faire la peau, et ça je le respecte. On devrait tous avoir les couilles de faire des carnages dans ces quartiers. Mais nous croyons bêtement pouvoir y vivre un jour… Alors que non, nous allons crever pauvre sans avoir combattu. Je rêve de ce jour où des hippies défoncés au LSD entreront dans la baraque de P.Diddy pour lui faire la peau… Ce sera le début d’un nouvel Helter Skelter.

J’ai l’impression qu’au fur et à mesure de tes sorties tu montes la violence d’un cran ?

Mon prochain album, « Le Grand Chaos » est divisible en deux : les titres profonds, sensibles, qui reflètent mes états d’âmes et des titres ultra-violents, peut-être les plus violents que j’ai pu réaliser. En France les Rap hardcore n’existe peu ou pas du tout, alors je passe pour un dégénéré, mais en fin de compte je vais là où les gens m’attendent : dans le hardcore, le vrai !

Tu reçois quand même pas mal de messages de soutien de la part du public, est-ce aussi le cas avec les personne du milieu du Hip-Hop ?

(rires) Je suis un véritable mouton noir, tu n’imagines même pas le peu d’importance que m’accorde le « mouvement » Hip-Hop…

C’est quelque chose qui te pèse ?

(il réfléchit) Pour être le mouton noir du Rap Français il faudrait déjà que celui-ci me connaisse, mais je crois bien que ma musique n’intéresse pas le « milieu du Rap ». Je me sens inconnu, et c’est le cas, malgré le nombre d’album que j’ai pu sortir. Il est vrai que j’ai l’impression d’être la bête curieuse… Je vois essentiellement le même public à mes concerts, le « milieu Rap » ne comprend tellement pas mon univers qu’il parle de « gothik Rap » et ce genre de connerie, alors que je suis un mec profondément Rap, peut-être même trop. Même si depuis les années 2000 il n’a cessé de me décevoir, ça me rend mauvais de voir la tournure qu’il prend… mais j’admets avoir une part de responsabilité dans tout ça, nous sommes des intégristes du Rap et les gens ne supportent pas notre intransigeance en général, du coup ils nous fuient…

Hier, sachant que j’allais m’entretenir avec toi,  je me suis remis « Les Jardins Macabres » dans l’auto-radio. Je dois t’avouer qu’il est très difficile pour moi d’écouter plus de trois titres d’affilés…

Le jour où j’ai présenté ce projet à mon tourneur il l’a trouvé beaucoup trop étouffant… et il avait raison. Au départ cet album devait être un album 100% gore, j’ai mis de l’eau dans mon vin et j’ai casé quelques morceaux plus doux. Je voulais faire un projet extrême, sans demi-mesure. Je comprends que les gens trouvent cette morbidité pesante, elle l’est parfois pour moi aussi…

Et ta famille, qu’est-ce qu’ils en pensent ?

Ils me soutiennent, dans l’ensemble… Mon entourage me ressemble, d’autres parmi mes proches se contrefoutent de ma musique, ça me choque d’ailleurs.

Pourquoi ?

Les gens qui n’ont pas d’intérêts pour ma musique n’en ont pas pour moi, c’est ce que je ressens. Pas mal de mecs que je connais écoute du Rap et pourtant ils se contrefoutent de mes projets, c’est le genre de truc qui me perturbe…

Sites : www.myspace.com/septsonatine // www.myspace.com/septmorbidmaker

A noter que VII vient de sortir le maxi « Blood Of Revenge » en collaboration avec un groupe Lyonnais de HxC Eight Sins. Côté projet solo son troisième album solo « Le Grand Chaos » verra le jour en Décembre alors restez dans le coin, car le Bordelais affirme y « avoir tout donné, je n’ai jamais fait mieux… » Affaire à suivre…

 

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